Un certain malaise

Photographier est devenu un geste — presque — banal. Rares, sont les touristes sans appareil... les autres préférant utiliser leur téléphone. Par définition, ces photographes, dits amateurs, sont supposés aimer la photographie.

Photographier est un plaisir et doit le rester. Je n'aime pas les lieux où la photo est strictement interdite. Ce qui peut être proscrit à juste titre, c'est un usage commercial qui porterait préjudice à une activité professionnelle.

Je comprends le geste photographique courant comme un besoin d'appropriation : ce que nous voyons — et que nous trouvons beau — nous voulons, tout naturellement, le fixer, pour conserver et pour partager.

Pourquoi se moquer du jeune couple qui pose devant la tour Eiffel ? On ne peut, au contraire, que leur souhaiter de regarder cette image avec bonheur dans quelques dizaines d'années. Ou imaginer, des enfants, découvrant cette image d'un temps où ils n'étaient pas nés. Au-delà de toute considération sur la qualité technique ou esthétique de la photographie ainsi réalisée, il faut comprendre qu'ils ont — inconsciemment — célébré la photographie dans ce qu'elle a de plus fondamental et de plus noble.

Or, si j'éprouve un réel plaisir à voir la photographie devenir une pratique courante, je ressens un certain agacement devant ce que je qualifierais d'abus.

Car tout est dans le geste : pour qui aime photographier, le moment de la prise de vue est très particulier. On ne se contente pas de presser sur un bouton... on fait un choix : un instant plus tôt, un instant plus tard... un pas de côté... Toute image est unique parce que le geste est unique. Du coup, j'avoue que je suis irrité de voir une personne prendre une photo au vol, du bout des doigts, d'un air blasé.

Probablement, est-ce inévitable. Photographier est devenu un acte courant, alors il est normal de trouver différents niveaux de pratique. Après tout, si tout le monde doit se nourrir, nous ne sommes pas tous cuisiniers, ni gastronomes.