Le paradoxe de la nature morte.

Dans une tentative de comparaison entre la photographie et la peinture, il est instructif de considérer le cas de la nature morte.

En effet, il me semble que cette dernière est loin d'occuper la même place dans ces deux disciplines.

En peinture, la nature morte classique passe plutôt pour un exercice de virtuosité, consistant à reproduire, le plus fidèlement possible, le réel. Ainsi, on s'attachera à apprécier, sur ces tableaux, le rendu des différentes matières, la subtilité de l'éclairage ou la composition.

Mais, finalement, on y voit beaucoup de technique et peu de créativité.

En photographie — à mon sens — il en va tout autrement, nous allons voir pourquoi.

Pour toute prise de vue, le photographe a, c'est entendu, une totale liberté d'interprétation de son sujet : il choisit un point de vue, un cadrage, un rendu.

Mais, pour une image prise sur le vif, certains détails échappent forcément à son contrôle. Même s'il peut, en jouant sur le cadrage et sur la mise au point, mettre en évidence ou bien retirer de la scène certains éléments, sa démarche consiste à tirer d'un existant le meilleur parti possible. La principale qualité d'un bon photographe est justement d'arriver à réaliser concrètement l'image qu'il avait prévisualisé (c'est-à-dire construite au préalable dans sa tête).

Prenons un exemple extrême : on a la plus grande indulgence pour le photographe de guerre, dont les conditions de prise de vue sont particulièrement difficiles et qui a pour mission prioritaire de rendre compte.

Il en va tout autrement pour celui qui s'exerce à la nature morte. Dans son cas, il me semble tout à fait légitime de lui refuser tout droit à l'erreur.

En effet, dans ce type de prise de vue, le photographe est entièrement responsable : il a la totale maîtrise du choix du sujet, de la construction de l'éclairage, de la composition, du cadrage... bref de l'intégralité de ce qui fera l'image finale.

Plutôt que de s'en effrayer, il adoptera certainement un point de vue  positif, en voyant cette pratique comme un moyen d'exercer sa créativité, en toute liberté, mais il restera conscient de la difficulté de l'exercice.